Par Zoé Burns-Garcia
Le concept développé dans ce livre, paru il y a plus de 20 ans déjà, traite de la façon de concevoir des objets, des bâtiments, à vrai dire n’importe quel système pour que la matière utilisée lors de la fabrication puisse être remise en circulation après la fin de l’utilité de l’objet en question.
Cradle to Cradle signifie Berceau à Berceau et fait référence à la façon de concevoir un objet en ayant l’après vie en tête. En opposition à notre système actuel qui est une formule « Berceau à Tombeau », dont la matière se retrouve souvent à l’enfouissement après un seul usage.
Le livre explore aussi les façons dont la production humaine peut être éco-bénéficiente, c’est-à-dire générer un impact positif pour les communautés et les écosystèmes. Ce qui m’a fait réaliser à quel point l’impact négatif des humains sur son écosystème est ressenti comme une fatalité dans notre société.
Et pourtant, ce n’est pas cohérent avec le fonctionnement même de la nature. Elle n’est pas binaire, il n’y a pas de héros, il n’y a pas de méchants, mais plutôt des systèmes interreliés qui s’entrecroisent et évoluent de façon dynamique en réponse les uns aux autres.
Dans cette optique, pourquoi les humains s’extrairaient-ils fondamentalement de cette logique ? Surtout qu’en suivant ce raisonnement, on arrive tout droit à l’idée austère de l’écoefficacité et réduction d’impact, que j’ai abordé dans le texte précédent.
Le cerisier
Une métaphore parlante utilisée dans ce livre est l’exemple d’un cerisier dont l’abondance de fleurs et de fruits se retrouve en bonne partie en décomposition au sol durant la saison. D’une perspective productiviste, on pourrait se dire que c’est un gaspillage énorme de ressources.
Au contraire, dans un cycle naturel les fruits et les fleurs deviennent des minéraux pour le sol et des ressources pour tout l’écosystème entourant le cerisier. La surabondance contribue à la prospérité plutôt qu’à l’affaiblissement du système.
La question qui se pose alors est comment peut-on imaginer un monde où l’abondance de la production créée par les humains serait bénéfique pour tout un écosystème?
En 1993, McDonough et Braungart ont collaboré avec l’usine textile Rohner en Suisse afin de retirer les produits chimiques nocifs de la production. Le résultat : l’eau rejetée par l’usine en ressort plus propre que celle qui y entre.
Nouvelle perspective sur la durabilité
Un des chapitres de Cradle-to-Cradle décortique l’idée de la durabilité. Dans le domaine du design d’espace, on réfléchit souvent à cette notion. Quel sera l’usage de ce meuble? Quel matériel serait le plus résistant selon le contexte et résistera le mieux à l’usure ? C’est bien sûr pertinent de se poser ces questions pour créer des objets de qualité, mais elles s’arrêtent souvent à la première forme de la matière transformée alors que le potentiel est tellement plus grand.
Un banc en bois verni avec du polyuréthane sera résistant aux rayures et à l’eau. Par contre, une fois que ce banc sera trop abîmé, il pourra difficilement être réintégré dans une boucle de circularité biologique, car ce type de vernis est issu de la pétrochimie.
Donc en allongeant la « durée de vie » de cette façon, on se coupe d’une multitude d’usages par la suite. Le bois aurait pu être modifié, brûlé, composté etc.
C’est une vision à court terme qui a un impact à long terme.
Les auteurs soulignent que la durabilité n’est pas forcément souhaitable dans certains cas. Les emballages n’ont pas tous avantages à être durables en réalité. C’est absurde qu’une bouteille de shampooing prenne plusieurs centaines d’années à se décomposer. Et si on pouvait concevoir un emballage à base d’algues qu’il suffirait de jeter dans l’eau et qui se dissoudrait tout en donnant des nutriments au écosystème ?
Le Recyclage = Sous-cyclage
Dans l’essai, McDonough et Braungart évoquent aussi la question du recyclage, qu’ils nomment «sous-cyclage». Une fois passé dans le processus du recyclage, la matière est fréquemment utilisée pour des usages de moindre qualité ou carrément de basse qualité dû à la difficulté à trier adéquatement les matières notamment.
On entend souvent dire que l’aluminium se recycle à l’infini et bien que ce soit techniquement vrai, dans la pratique c’est loin d’être le cas. Par exemple, lorsqu’on met au recyclage une canette en aluminium, elle subit tout un lot de manipulations pour être fondu et pouvoir être utilisée de nouveau.
Une canette en aluminium qu’on retrouve sur les tablettes peut être composée de 60% d’aluminium recyclée et 40% d’aluminium vierge, ce qui est énorme considérant les ressources nécessaires pour transformer et extraire ce métal.
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J’ai trouvé ce livre fascinant à plein de niveaux et je vous invite certainement à le lire. Même s’il peut sembler technique à priori, c’est le genre d’ouvrage qui peut ouvrir les perspectives et même influencer la façon d’expérimenter notre monde au quotidien.
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